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De l’intelligence sociale à l’intelligence émotionnelle

De nos jours, il existe des tests pour mesurer son quotient intellectuel, tout comme d’autres mesurent le quotient intellectuel. Il s’agit d’évaluer la capacité des personnes à reconnaître les émotions, les leurs,  celles des autres, à les comprendre et à les gérer. On parlait autre fois d’intelligence sociale. Mais depuis quelques années, dans les entreprises, les recruteurs recherchent les « soft kills » , c’est-à-dire les compétences humaines. Selon Antonio Damásio, professeur spécialiste de neurologie, neurosciences et psychologie (né à Lisbonne en 1944),  « Il faut apprendre à nourrir les bonnes émotions qui permettent aux humains de prospérer».  Il a étudié des individus n’ayant  plus accès à certaines zones émotionnelles  du cerveau ; il a démontré que leur raisonnement était faux et leurs décisions  inappropriées. Il s’agit là d’une découverte essentielle qui bat en brèche tout ce que l’on pensait jusqu’à maintenant : on ne peut agir rationnellement si on ne prend pas en compte ses émotions… On sait maintenant que c’est faux. Puis, en 1995, Daniel Goleman (Psychologue américain né en 1946) publie une synthèse  sur ce sujet : la notion d’intelligence émotionnelle est la capacité à reconnaître, comprendre et gérer les émotions. Il explique en quoi cette intelligence émotionnelle aide à construire des relations saines et à prendre les meilleures décisions. On sait que des personnes ayant un très gros Q.I. sont capables de prendre des décisions aux conséquences catastrophiques ou bien de n’avoir aucune compétence managériale. Ainsi, aux États-Unis, une étude a montré que, sur un poste de basse qualification, quelqu’un qui est intelligent émotionnellement est  fois 100 plus efficace donc rentable. Et sur les postes de haute qualification, la rentabilité  est entre 400 et 600 fois plus importante. Il en va de même dans le cas de sportifs de haut niveau dont les performances sont bien supérieures. Cette étude a également montré que quelqu’un qui est émotionnellement intelligent supprime 99 % des problèmes relationnels et autres  conflits. C’est pourquoi la plupart des recruteurs, outre Atlantique et maintenant en France, sont beaucoup plus attentifs au Q.E. , qu’aucune machine ne pourra jamais remplacer, contrairement à l’intelligence artificielle…

Les émotions : une mauvaise réputation

Au premier abord, le concept même de l’intelligence émotionnelle peut sembler antinomique dans les termes. « Intelligence » signifie en latin « choisir, discerner, comprendre »,  capacités cognitives à l’œuvre dans l’apprentissage des connaissances, la rapidité de raisonnement, la conceptualisation, l’anticipation. Finalement tout le contraire des émotions qui sont liées au cœur. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas… », a dit  Blaise Pascal, 17e siècle.  Nous sommes les héritiers de Descartes et de toute une littérature philosophique hostile aux affects, aux réactions viscérales, sentimentales, aux passions enfiévrées, à toute forme de désordre mental incontrôlable considéré comme source de trouble à l’organisation de la pensée. Celui qui est en proie à ses émotions est disqualifié dès lors que l’on décèle, dans ses propos ou dans ses actes, une forme  d’irrationalité.  De fait,  l’ émotif présenterait le risque d’un chaos interne incontrôlable, qui pourrait déborder sans prévenir. 

Et pourtant…

Dans la Grèce antique du Vème siècle avant J.C., le philosophe Aristote, à la recherche d’une vie meilleure, plaçait les émotions aux côtés des aptitudes délibératives et sociales pour atteindre la vertu, à la fois source de bonheur et de justice. De l’autre côté de la terre, en Chine, à cette même époque, Confucius définissait la conscience comme « la lumière de l’intelligence pour distinguer le bien du mal » ; il s’agit donc bien là d’exercer l’intelligence avec discernement et de s’adjoindre une conscience. Spinoza  quant à lui, au XVIIe siècle, a affirmé  : «Mieux vous vous comprenez vous-même ainsi que vos émotions, plus vous êtes amoureux de ce qui est. » Quant à Descartes, n’oublions pas qu’il est aussi l’auteur d’un traité des passions de l’âme, dans lequel il introduit la notion d’ «émotion  intellectuelle », alors qu’on l’accuse d’avoir séparé le corps de l’esprit et érigé la stricte rationalité en dogme avec son fameux « cogito ergo sum »,  je pense donc je suis. 

Finalement, cette méfiance vis-à-vis des émotions semble dater  du XIXe siècle avec le  Romantisme et ses excès. Par ailleurs, au XXe siècle, nous avons tous en tête l’exemple du pouvoir que peut  conférer l’intelligence émotionnelle, avec ces grands manipulateurs qui ont su jouer sur tous les registres des émotions pour suspendre le jugement critique des individus et des foules. La marque des grands manipulateurs et des plus sinistres dictateurs. Ces exemples illustrent l’idée que l’intelligence émotionnelle n’est pas la garantie d’un leadership moral. Actuellement cependant, force est de constater que nous assistons  au retour  de convictions philosophiques ancestrales, démontrées cette fois par des travaux scientifiques.

L’intelligence émotionnelle, qu’est-ce que c’est ?

Selon Salovey et Meyer (psychologues américains), il s’agit de « l’habilité à percevoir les émotions, à les exprimer, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’elle est régulée chez soi et chez les autres. »

Il s’agit donc de trois compétences qui se succèdent :

-l’accès à ses propres émotions (me demander ce que je ressens, ce que telle situation suscite en moi) ;

– comprendre cette émotion (pourquoi je ressens cela, ce qui se joue pour moi dans cette situation pour qu’elle me touche de cette façon) ;

– la compétence pour agir et interagir (comment utiliser ce que m’apprend mon émotion pour prendre la bonne décision, qu’elle m’impacte personnellement ou non). 

Les personnes qui ont une intelligence émotionnelle ont plus de chances d’être épanouies, « alignées », de réussir, finalement ce pourrait bien être une clé d’accès au bonheur…      

(à suivre…)

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